Deux contribuables amoureux –est-ce possible! – allaient devenir parents. Et la fortune leur sourit car, d’un coup, n’eurent ni un ni deux, mais bien trois enfants!
Les géniteurs pleins de bonté accueillirent ces triplets ravissants, quoique bien différents. Prêtant serment de les éduquer, chacun selon son tempérament, ils les baptisèrent Pierre, Jacques et Jean.
Bon… L’heure est grave – et le talent absent! – Au diable les rimes : allons droit aux idées!
S’ils avaient existé, les vers suivants auraient parlé de Pierre, garçon serviable et habile de ses mains, mais à ses études peu enclin. Et lorsque Pierre, à 16 ans, annonça à ses parents qu’il souhaitait se faire briqueteur, ces derniers auraient répondu en chœur : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois briqueteur et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! »
Ici, j’eusse placé quelques statistiques –pas très poétiques*! – D.E.P. : 1 an; entrée sur le marché du travail : 18 ans; salaire au début : 35 000$; salaire à terme : 72 000$.
Et j’aurais conclu la section sur Pierre à peu près comme suit : « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, et buvant même parfois de la bière, sa formation, les contribuables payèrent, conscients que sans briqueteurs et gens de métier, une société ne saurait se développer. »
Puis, j’aurais suivi la même sente pour vous parler de Jacques, jeune homme vif et décidé qui, au sortir du secondaire, annonça qu’il souhaitait devenir policier.
Alors, ses parents auraient repris leur petite ritournelle – la répétition a quelque chose de charmant! – : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois policier et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! »
Puis, bla, bla, les statistiques. DEC : 3 ans; début d’emploi : 20 ans et, pour le salaire… l’équivalent de celui de Pierre!
Subtilement, j’aurais martelé encore: « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, …
sa formation, les contribuables payèrent, conscients que sans policiers et autres techniciens, une société risque ses lendemains. »
Commencez-vous à me voir venir?
Finalement, j’aurai parlé de Jean, jeune homme intellectuel, chercheur de sens profond, qui passait des heures à faire ses leçons. Anticipant les sacrifices qu’il imposerait à ses parents, c’est honteusement qu’il leur avoua vouloir devenir psychologue.
Ses parents justes et aimants itérèrent : « Voilà un métier honnête qui sied bien à ta personnalité, et par lequel, on le souhaite, tu contribueras à la société. Sois psychologue et sois-en un bon : toujours nous te soutiendrons! » – Les parents sont souvent naïfs, vous savez? –
Puis : neuf années d’études postsecondaires à la ville; premier emploi à 26 ans; parents un peu fauchés et, pour lui, dette de plusieurs milliers, pour aboutir à un salaire… tout à fait semblable à celui de ses frères!
Étrangement, pour Jean, je ne pourrais ajouter : « Bien qu’ayant automobile et cellulaire, … » parce que, pour ce bouc universitaire, ce p’tit gâté, les citoyens en ont maintenant ras-le-bol de tout payer!
Alors, à l’intention de ces contribuables sans amour, j’aurais glissé une stance acerbe sur l’aveuglement d’un peuple pas même capable de se rendre compte que, sans ses universitaires, une société court aussi à la misère.
Finalement, dégoûtée, j’aurais conclu cette fable avec une morale du genre : « Ou bedon, bons parents, ne faites pas aimer l’école à vos enfants; Ou bedon, bonnes gens, élisez un gouvernement aimant. »
Voilà!
* statistiques recueillies sur le système informatisé Repères.
Isabelle Gascon Mère de sept enfants Trois-Rivières Familleg53@gmail.com
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